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poème

  • Jean-Pierre Claris de Florian (1755 - 1794)

    Le grillon

     

    Un pauvre petit grillon
    Caché dans l'herbe fleurie
    Regardait un papillon
    Voltigeant dans la prairie.
    L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
    L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;
    Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
    Prenant et quittant les plus belles.
    Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
    Sont différents ! Dame nature
    Pour lui fit tout, et pour moi rien.
    je n'ai point de talent, encor moins de figure.
    Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas :
    Autant vaudrait n'exister pas.
    Comme il parlait, dans la prairie
    Arrive une troupe d'enfants :
    Aussitôt les voilà courants
    Après ce papillon dont ils ont tous envie.
    Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper ;
    L'insecte vainement cherche à leur échapper,
    Il devient bientôt leur conquête.
    L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ;
    Un troisième survient, et le prend par la tête :
    Il ne fallait pas tant d'efforts
    Pour déchirer la pauvre bête.
    Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
    Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
    Combien je vais aimer ma retraite profonde !
    Pour vivre heureux, vivons caché.

     

  • Ephémère soleil d'Austerlitz ! ...

    L' Idole d'Auguste Barbier

     

    Meissonier_-_1814,_Campagne_de_France.jpg

    Ô Corse à cheveux plats ! que ta France était belle
    Au grand soleil de messidor !
    C'était une cavale indomptable et rebelle,
    Sans frein d'acier ni rênes d'or ;
    Une jument sauvage à la croupe rustique,
    Fumante encor du sang des rois,
    Mais fière, et d'un pied fort heurtant le sol antique,
    Libre pour la première fois.
    Jamais aucune main n'avait passé sur elle
    Pour la flétrir et l'outrager ;
    Jamais ses larges flancs n'avaient porté la selle
    Et le harnais de l'étranger ;
    Tout son poil était vierge, et, belle vagabonde,
    L'oeil haut, la croupe en mouvement,
    Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde
    Du bruit de son hennissement.
    Tu parus, et sitôt que tu vis son allure,
    Ses reins si souples et dispos,
    Dompteur audacieux tu pris sa chevelure,
    Tu montas botté sur son dos.
    Alors, comme elle aimait les rumeurs de la guerre,
    La poudre, les tambours battants,
    Pour champ de course, alors tu lui donnas la terre
    Et des combats pour passe-temps :
    Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes,
    Toujours l'air, toujours le travail.
    Toujours comme du sable écraser des corps d'hommes,
    Toujours du sang jusqu'au poitrail.
    Quinze ans son dur sabot, dans sa course rapide,
    Broya les générations;
    Quinze ans elle passa, fumante, à toute bride,
    Sur le ventre des nations ;
    Enfin, lasse d'aller sans finir sa carrière,
    D'aller sans user son chemin,
    De pétrir l'univers, et comme une poussière
    De soulever le genre humain ;
    Les jarrets épuisés, haletante, sans force
    Et fléchissant à chaque pas,
    Elle demanda grâce à son cavalier corse ;
    Mais, bourreau, tu n'écoutas pas !
    Tu la pressas plus fort de ta cuisse nerveuse,
    Pour étouffer ses cris ardents,
    Tu retournas le mors dans sa bouche baveuse,
    De fureur tu brisas ses dents ;
    Elle se releva : mais un jour de bataille,
    Ne pouvant plus mordre ses freins,
    Mourante, elle tomba sur un lit de mitraille
    Et du coup te cassa les reins.

     

    A méditer ...